AP-HP - Le DG confirme la suppression de 3 000 à 4 000 postes d'ici 2012
25.01.10 - 17:01 - HOSPIMEDIA - Dans une interview accordée à Le Parisien-Aujourd'hui en France le 23 janvier dernier, le Directeur général (DG) de l'Assistance publique-hôpitaiux de Paris (AP-HP), Benoît Leclercq, est revenu sur son projet de regroupement des 37 établissements en 12 groupes de soins, que le conseil exécutif vient d'approuver. Il a confirmé la suppression, d'ici 2012, de 3 000 à 4 000 postes sur un total de 92 000. "La moitié environ concernera les soignants et les médecins, l'autre moitié le personnel administratif", précise-t-il. La masse salariale représentant 70% du budget, ces suppressions de postes, indique-t-il, interviendront alors que l'AP-HP prévoit de mieux maîtriser ses coûts, soit entre 90 et 100 millions d'euros par an d'ici à 2012. Mais, celles-ci ne devraient pas en faire pâtir les malades, ajoute-t-il.
Interrogé sur l'objectif d'un déficit zéro en 2012, Benoît Leclercq estime que, bénéficiant d'un budget de 6,4 milliards d'euros par an (10% du budget national des hôpitaux publics), si le choix de réorganiser conduit à un retour à l'équilibre et une amélioration de l'offre de soins, ce choix lui semble "éthique". Cette réorganisation devrait aboutir à une adaptation de l'offre de soins aux besoins des malades. Ainsi, "grâce aux 450 millions d'euros que nous investirons chaque année pendant cinq ans, cette modernisation se traduira le plus souvent par une meilleure organisation de la prise en charge". Et de rappeler que le regroupement "revient souvent moins cher que de rénover". Le DG est également revenu dans cette interview sur le patrimoine que l'AP-HP a et compte céder. Après avoir vendu le théâtre Mogador, un hôtel Holiday Inn, une station service, le grand hôtel Lafayette et le Monte Carlo ainsi que des terres agricoles dans l'Eure, l'AP-HP est en train de vendre l'hôpital Debrousse de Lyon et des discussions sont en cours avec la ville de Paris "sur le devenir de Saint Vincent de Paul qui sera prochainement libéré".
De son côté, le ministère de la Santé a rappelé les objectifs que le gouvernement a assignés à la direction de l'AP-HP à savoir "dessiner les contours d’une réforme principalement axée sur l’amélioration de la qualité des soins, à l’écoute des besoins des patients et des soignants et devant permettre un retour à l’équilibre des comptes de l’AP-HP en 2012". De même, les orientations de ce projet vont être soumises à une concertation large, associant la communauté médicale et soignante, les élus et les associations de patients, avant d'être validées au mois de juin.
Des voix s'élèvent également contre ce projet. Ainsi, Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Île-de-France, dénonce dans un communiqué ce qu'il appelle "le scandale des suppressions de postes à l'AP-HP" et demande au gouvernement un "moratoire sur cette décision". Il souhaite également lancer des assises régionales de santé avant toute décision. En effet, il estime que ces suppressions de postes vont se solder par une dégradation de l'offre de soins, de la bonne prise en charge des patients, du bon fonctionnement de l'établissement et de la cohésion du service hospitalier, résultat d'une pénalisation de l'emploi.
Le Mouvement de défense de l'hôpital public (MDHP) dénonce quant à lui, dans un communiqué, le fait que cette annonce du DG intervienne avant la réunion de la Commission médicale d’établissement (CME) qui aura lieu le 26 janvier prochain mais surtout "avant les arbitrages que le président de la République s’est engagé à rendre en février sur les difficultés budgétaires que rencontre l’AP-HP". Il qualifie d' "irréaliste" le fait que les suppressions d'emplois n'atteignent pas l'offre de soins. En effet, "si, dès cette année, 1 000 emplois sont supprimés alors que plusieurs services travaillent déjà en sous-effectifs, l’offre de soins et la qualité des soins s’en ressentiront immédiatement", indique le MDHP. Et d'ajouter que l'investissement de 450 millions d'euros par an pendant cinq ans "est largement insuffisant pour mener à bien les projets de modernisation nécessaires".
Le syndicat SUD santé solidaires de l'AP-HP appelle aussi dans un communiqué "l'ensemble de la population à réagir contre ce plan de démantèlement de l'offre de soins publics en Ile-de-France". Le syndicat indique que la réorganisation n'a pas vocation à mettre en adéquation les besoins de la population avec l'offre de soins "mais de rationaliser les moyens et faire des économies sur le personnel". De son côté, FO santé de l'AP-HP qualifie, dans un communiqué, cette réorganisation de "plan social sans précédent pour les hôpitaux et les personnels de l’AP-HP qui va avoir des conséquences directes sur le statut et les conditions de travail des personnels". Le syndicat exige alors le maintien de l’unicité de l’AP-HP, du siège et des 37 hôpitaux avec "l’intégralité de toutes leurs fonctions et structures de soins, administratives, ouvrières et techniques, médico-techniques" afin d'assurer leurs missions.