Etude 2005 Dexia Sofcah - L’absentéisme, miroir de la pénibilité des conditions de travail
Selon les experts de la santé au travail, l’augmentation des absences pour raison médicale chez les soignants témoigne avant tout de la dégradation des conditions de travail. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) et les accidents de travail représentent les deux premières causes d’arrêt pour maladie.
La dernière note de conjoncture statistique sur l'absentéisme pour raison de santé établie par Dexia Sofcah, filiale de l'assurance statutaire des hôpitaux, relève une augmentation de 20% du taux d'absentéisme entre 1998 et 2003. Ce taux atteint 9,7% en 2003, soit un chiffre similaire à celui de l'enquête Presst-Next sur l'étude des conditions de travail à l'hôpital. " Le terme absentéisme est en lui-même connoté, il semble justifier un contrôle. Mais ces études montrent que les soignants ne s'arrêtent pas pour le plaisir, ils sont véritablement en souffrance ", souligne Madeleine Estryn-Behar, coordinatrice pour la France de l'étude Presst-Next. Les résultats de Presst-Next permettent d'appréhender les causes d'arrêt maladie des soignants au cours des douze derniers mois. Près de 8% des soignants ont ainsi du s'arrêter en raison de troubles musculo-squelletiques (TMS), 6,5% pour accident de travail, 3,6% pour des problèmes de santé mentale.
Des accidents de travail plus graves
L'étude de Dexia Sofcah apporte un éclairage différent mais complémentaire de l'enquête Presst-Next. Elle révèle notamment que les taux de fréquence des arrêts pour " accident de service " (congés accordés à un agent suite à un accident pendant son service) ont augmenté de 23% en six ans. Les taux de fréquence correspondent au nombre d'arrêts pour un million d'heures travaillées. Les indicateurs de gravité des accidents de service (durée moyenne d'arrêt et nombre de jours d'arrêt par agent employé) sont à la hausse. En 2003, plus de la moitié des accidents se sont soldés par un arrêt, et la durée moyenne d'arrêt avoisine les 50 jours. Un tiers des accidents sont liés à des efforts de manutention de malades, 22% sont imputables à des chutes ou des glissades. " Avec la diminution de la durée moyenne de séjour des malades, les sols cirés et l'utilisation de claquettes, les soignants courent de plus en plus, le risque de chute et d'accident est de fait plus important ", commente Madeleine Estryn-Behar. Pour cette spécialiste, l'utilisation de sols en résine coulée non glissants mais aussi de lève-malades pour éviter la manutention permettrait d'éviter nombre d'accidents et de maladies professionnelles (MP). Les MP connaissent par ailleurs une forte progression avec un taux de fréquence augmenté de 400% en six ans. " Nous avons pour notre part montré que la fréquence des arrêts pour TMS est liée à la fréquence des postures pénibles ", précise la coordinatrice de Presst-Next. Les TMS sont généralement considérées comme des pathologies professionnelles multifactorielles dues à des gestes répétitifs, une absence de marge de manoeuvre, des postures pénibles.
Augmentation de 34% des congés longue maladie
S'agissant des congés longue maladie/longue durée, leur taux de fréquence a augmenté de 34% en six ans. Dexia note ainsi que les indemnités journalières en longue maladie/longue durée sont devenues la première charge budgétaire des établissements hospitaliers en matière d'absence pour raison de santé. Ils représentent 6% des arrêts maladie mais concentrent 33% du nombre total de jour d'arrêt et 39% des indemnités journalières versées. Le risque d'être arrêté en longue maladie/longue durée est par ailleurs fortement corrélé à l'âge des agents : un agent de plus de 50 ans a 3,5 fois plus de risque d'être arrêté en longue maladie qu'un agent de moins de 30 ans. " Le vieillissement de la population montre que ce phénomène est amené à s'accentuer dans les années à venir ", écrit Dexia Sofcah dans sa note de conjoncture, précisant que " la plus forte probabilité de survenance de ces maladies, conjugué à l'allongement du temps de travail, laisse présager un avenir préoccupant pour des pathologies lourdes et invalidantes ". Un enjeu majeur est de fait posé aux établissements hospitaliers : le maintien dans l'emploi de la population la plus âgée de la fonction publique hospitalière.