Portrait de Sylvaine, sage-femme en libéral

Souvent réduite à l’accompagnement de la grossesse, les sages-femmes jouent pourtant un rôle clé dans la construction de la vie d’une femme et de sa vie familiale. Sylvaine Legris, sage-femme libérale à Amiens, revient avec passion sur son quotidien.

Pourriez-vous vous présenter et présenter votre parcours ?

J’ai beaucoup bougé tout au long de ma carrière. Après mon diplôme de sage-femme en 1994, j’ai travaillé à Nancy puis près de la frontière allemande. Je suis ensuite allée à Compiègnes où j’ai travaillé dans une clinique et, en parallèle, en tant que sage-femme libérale à mi-temps.

Mes premières expériences ont été très formatrices sur la pratique, en complément des cours théoriques de l’école. Mais c’est quand j’ai eu mes propres enfants que j’ai appris réellement mon métier. Le fait d’avoir mis au monde, sans péridurale, m’a fait comprendre que ce n’était pas une technique, mais un vécu.

Aujourd’hui, je suis installée à Amiens, à 100% en libéral. C’est un rythme intense mais j’adore ça ! Bio-nutrition, haptonomie, acupuncture… je me forme régulièrement pour adapter au mieux mon accompagnement auprès des familles. Mon prochain défi est d’apprendre la langue des signes. Je trouve ça fou que très peu de personnes dans le milieu médical soit formées à ce langage. C’est très compliqué pour les personnes malentendantes d’être suivis médicalement.

Au sein du cabinet, nous sommes 2 sage-femmes libérales, une psychologue, une conseillère conjugale sexologue et une ostéopathe. C’est important de créer un vrai réseau de professionnels pour accompagner la femme, l’enfant et la famille dans tous les domaines.

Quelles sont les missions d’une sage-femme ?

En tant que sage-femme, j’accompagne les jeunes filles dans l’adolescence avec la contraception, les femmes et les couples durant la grossesse mais aussi après l’accouchement et, parfois, dans leur vie familiale. J’ai des parents qui viennent aussi me voir pour que je puisse expliquer les règles à leur fille vers 11-12 ans.

L’écoute et la bienveillance sont très importantes dans notre métier. Personnellement, je m’inspire beaucoup de la médecine chinoise qui nous permet de voir une personne dans son entièreté, sans jugement. Il faut trouver en chaque personne leur capacité à être femme, à être mère, de la façon qui leur correspond.

Pourquoi avoir choisi d’être sage-femme ?

J’ai un souvenir très précis de ma grand-mère qui me racontait l’accouchement douloureux de ma mère. À 7 ans, je voulais déjà “libérer les femmes des fers”, c’est-à-dire des forceps utilisés de façon parfois violente pour les accouchements.
Il y a encore beaucoup de violences gynécologiques et un premier toucher vaginal mal vécu peut être traumatisant dans une vie de femme. J’ai donc voulu accompagner les femmes dans la maternité, avec beaucoup de bienveillance, et leur transmettre le bonheur que peut être la naissance de leur enfant.

Que préférez-vous dans votre métier ?

En tant que sage-femme, chaque jour est différent, je ne sais jamais ce que je vais vivre dans la journée, et c’est très stimulant ! Ce que je préfère dans mon métier, c’est la relation que je tisse avec les couples que j’accompagne. Chacun d’entre eux m’ont beaucoup apporté.

On me dit souvent que je suis la femme qui murmure à l’oreille des bébés parce que, pour les parents, je suis le miroir de ce que leur enfant dit. J’essaie de leur donner les clés pour qu’ils puissent comprendre au mieux ce que leur bébé essaie d’exprimer. En consultation, j’invite souvent les parents à jouer avec leur enfant. Le jeu permet de faciliter la discussion, on comprend beaucoup de choses avec le jeu.

Parmi les moments marquants de ma carrière, j’ai eu la chance de rencontrer Catherine Dolto et Frans Veldman, pionniers de l’haptonomie. Ces rencontres m’ont beaucoup marquées, à la fois personnellement et professionnellement. Sur Amiens, je suis la seule sage-femme à avoir fait cette formation. L’haptonomie est une méthode de préparation à l’accouchement qui permet de créer un lien entre le bébé et les deux parents pendant la grossesse.

Comment votre métier s’est-il adapté à la crise du Covid-19 ?

J’ai continué à recevoir au sein du cabinet en respectant les mesures d’hygiène. Certains couples ont annulé les rendez-vous mais la plupart sont venus. J’ai également fait des suivis à domicile mais aussi des téléconsultations, via Skype ou via Messenger. Finalement, on a eu deux fois plus de travail et le plus difficile est de revenir à “la vie normale”, d’arrêter d’être disponible via Whatsapp par exemple.

Ce qui m’a le plus gêné, c’est la distance avec les personnes que j’accompagne, instaurée d’office avec les gestes barrières et les masques. Pour un métier où le relationnel est la clé, c’est compliqué à gérer.

Auriez-vous un message pour des étudiants qui souhaitent devenir sage-femmes/ maïeuticiens ?

Ne faites pas ce métier par défaut ! Encore trop d’étudiants le choisissent parce qu’ils n’ont pas eu médecine, mais, pour moi, ce n’est pas une bonne raison. Les personnes qui viennent nous voir recherchent de la relation, un suivi personnalisé. C’est important qu’ils se sentent accompagnés et entendus. C’est pourquoi il faut faire ce métier avec plaisir et avec beaucoup de bienveillance.

 

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