Angélique, aide-soignante en milieu carcéral : “J’ai vécu moins de violence en prison qu’aux urgences”
Angélique est aide-soignante de formation. Après deux décennies passées dans l’agitation de l’hôpital, elle a franchi les portes d’un univers souvent fantasmé mais méconnu : le milieu pénitentiaire. Aujourd’hui, faisant fonction d’assistante dentaire à la maison d’arrêt de Villeneuve-Lès-Maguelone, elle déconstruit les clichés. Entre sécurité renforcée et humanité, Angélique nous partage son quotidien.
Pourquoi avoir choisi le milieu carcéral comme lieu d’exercice ?
Après 11 ans aux urgences avec un rythme en 12h, ma santé ne suivait plus. Je voulais rester dans le soin et l’accompagnement, mais avec un autre rythme. Le milieu carcéral m’a été proposé pour assister le dentiste sur place. Aujourd’hui, cela fait 6 ans que j’y suis et je m’y épanouis pleinement !
Ce qui est intéressant pour mes collègues aides-soignants, c’est qu’il n’y a pas besoin de diplôme supplémentaire. De mon côté, j’ai été formée directement par le praticien aux protocoles et aux outils. Et, de par mes années aux urgences et en psychiatrie, j’avais également réalisé des formations sur la gestion de l’agressivité par exemple.
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Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer en milieu carcéral ?
Je dirais beaucoup de rigueur, du sang-froid et de l’adaptabilité. Il faut aussi aimer travailler en équipe et savoir garder une posture professionnelle en toute circonstance. Enfin, faire preuve de beaucoup de patience et être respectueux de l’autre.
À quoi ressemble une journée type d’une aide-soignante en milieu carcéral ?
Dès l’arrivée, l’ambiance est très différente de l’hôpital. Ici, on laisse son smartphone dans la voiture. On passe les portiques, les affaires sont scannées et vérifiées…. La sécurité est omniprésente. Une fois ces étapes passées, je prépare le cabinet dentaire et le planning de la journée.
Les premiers patients arrivent généralement vers 8h30. Mes missions se répartissent entre assister le praticien, assurer l’hygiène du cabinet, stériliser les outils et gérer les tâches administratives.
Dans la maison d’arrêt, nous sommes plusieurs professionnels de santé détachés du CHU. Infirmières, médecins généralistes, psychologues, psychiatres, kinés, pharmacien, manipulateur radio… c’est comme une petite maison médicale interne !
Toutes les semaines, on se réunit pour faire le point sur les urgences et les patients. Je suis beaucoup en contact avec les infirmières car ce sont elles qui se rendent dans les cellules et s’occupent des traitements des patients.
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On imagine souvent la prison comme un lieu de tension pour le personnel soignant. Quelle est la réalité ?
C’est le préjugé qui m’agace le plus ! Beaucoup de personnes pensent que j’exerce dans un milieu très violent. Pourtant, j’ai assisté à plus de violences en un an aux urgences qu’en six ans en prison !
En milieu carcéral, le cadre est strict et les détenus le respectent. Ils savent que nous sommes là pour les aider et les soigner.
Un autre préjugé qui m’énerve est de penser que les détenus ne méritent pas les soins. Alors que ce sont avant tout personnes, avec le même droit à l’accès au soin que n’importe qui !
Avez-vous un souvenir particulièrement marquant ?
Ici, beaucoup de personnes souffrent d’addictions et ont donc une mauvaise hygiène bucco-dentaire, voire inexistante. Il y a 3 ans, nous avons mis en place le droit d’accès à des prothèses dentaires. Je pense que je me souviendrai longtemps du premier détenu qui a pu en bénéficier. Il n’avait plus de dents et cachait systématiquement sa bouche avec sa main pour parler. Le voir sourire à nouveau m’a beaucoup touché.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux soignants ?
N’ayez pas peur de l’inconnu. Le milieu carcéral est un terrain d’exercice dont on parle très peu en formation, et c’est bien dommage. Il peut être une alternative idéale pour les professionnels qui saturent du rythme hospitalier mais qui souhaitent rester dans le soin et l’accompagnement.
Travailler ici demande de l’engagement, du professionnalisme et de l’humanité. Gardez en tête que derrière chaque porte, il y a une personne à soigner.
