Masseur-Kinésithérapeute : un métier aux mille facettes

Adrienne Blocus Martin est masseur-kinésithérapeute. Staffsanté a interviewé cette touche-à-tout sur sa profession qu’elle aime tant.

Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

Comme tout jeune diplômé, j’ai commencé à travailler en effectuant des remplacements. Comme la quasi-totalité des jeunes kinés, j’ai trouvé un cabinet où j’ai remplacé le kiné titulaire durant ses vacances. J’ai ensuite travaillé dans un centre de rééducation assez classique, en hôpital de jour. Puis je me suis tournée vers le sport de haut niveau et suis devenue le kiné de la fédération française d’escrime.

C’était une expérience enrichissante car on travaille en autonomie, on accompagne les escrimeurs sur les grands événements. C’est un milieu avec des codes et un fonctionnement très spécifiques car les sportifs s’entraînent beaucoup. Néanmoins, il faut être très disponible avec des périodes d’absence, notamment les week-ends pour les compétitions, et c’est difficilement compatible avec une vie de famille.

J’ai donc quitté ce poste quand j’ai eu mon deuxième enfant sans abandonner la kiné du sport puisque j’ai alors travaillé dans un CREPS, un centre de formation de jeunes athlètes. Je suivais alors des sportifs âgés de 13 à 18 ans, qui pratiquaient des sports très différents, et faisais plutôt du suivi de blessures etc. En parallèle, j’ai suivi une spécialisation en kiné pédiatrique, notamment respiratoire. Il faut savoir que j’ai continué à avoir une activité libérale, en assistanat, où le titulaire paie les charges contre un pourcentage du chiffre d’affaires de l’assistant, une formule intéressante lorsque l’on a d’autres activités professionnelles ou familiales.

Je suis ensuite partie en province où j’ai d’abord exercé en libéral. Mais à partir du moment où j’ai eu mon quatrième enfant, je me suis tournée vers l’exercice salarié. J’ai alors travaillé dans trois établissements, très différents les uns des autres : un hôpital classique, un autre couplé avec une maison de retraite accueillant des résidents en grande dépendance et avec des troubles cognitifs ainsi qu’une maison d’arrêt. Cette dernière expérience m’a beaucoup changée : c’est un milieu complétement différent où l’on découvre une vraie misère médicale.

 

  J’ai travaillé avec des hommes et des femmes dont certains n’avaient jamais vu un médecin de leur vie.  

 

J’ai toujours refusé de savoir le motif de leur incarcération, lorsque ce n’était pas nécessaire sur le plan médical car je pense qu’il faut faire la différence entre la personne et ses actes. Puis, nous sommes revenus en région parisienne car le poste de mes rêves s’est présenté : j’ai en effet rejoint en temps partiel la maternité de Béclère en pédiatrie néonatale. J’y fais de la kiné respiratoire, de l’orthopédie mais également de la recherche clinique au sein d’une équipe extrêmement dynamique qui compte notamment 5 kinésithérapeutes.

Qu’est-ce qui fait la beauté de votre métier ?

Pour moi, la grande richesse de ce métier réside dans le fait d’obtenir un diplôme vraiment généraliste nous permettant de côtoyer et de travailler toutes les tranches d’âges, tous les profils de patients : on peut aussi bien travailler en oncologie, en pédiatrie, en gériatrie, en traumatologie etc. Nous avons la chance d’exercer un métier très ouvert.

Pourquoi le travail en établissement vous correspond-il particulièrement ?

Aujourd’hui, j’ai la chance d’occuper le poste de mes rêves où je suis en contact avec les tout-petits dans un service très technique qui évolue et innove beaucoup. Les équipes y sont réduites et moins hiérarchisées que dans un service classique. Nous travaillons tous les uns avec les autres, main dans la main, des médecins aux infirmières en passant par les aides-soignantes ou nous-mêmes, les kinés.

Quels avantages et quels inconvénients voyez-vous à l’exercice libéral ?

L’exercice libéral a de nombreux avantages : l’humain y est très présent. On fait des rencontres et on apprend beaucoup. En outre, il y a une grande liberté : on peut organiser son emploi du temps plus ou moins comme on l’entend. Néanmoins, le gros inconvénient est l’amplitude horaire : on commence souvent tôt, on finit tard. Il faut également prendre en charge les tâches administratives, de facturation et de gestion. Il y a aujourd’hui des logiciels bien faits et la télétransmission qui simplifient un peu cet aspect… mais celui-ci reste néanmoins chronophage. Il y a également l’aspect logistique du quotidien du cabinet et la gestion des rendez-vous. Tout cela nécessite du temps et de l’organisation. D’autant que tout le monde n’a pas la même appétence pour cela !

Est-il difficile de s’installer en libéral ?

Je ne dirais pas qu’il est difficile de s’installer mais il faut être attentif à certains points. Si l’on crée un cabinet de toute pièce, il est important de regarder la densité professionnelle de l’endroit où l’on souhaite s’installer. Par exemple, inutile de s’installer à proximité d’un cabinet de taille importante, bien implanté et reconnu par les médecins alentours.

 

   Il est également essentiel de prendre contact avec les médecins, les pharmaciens et les établissements à proximité afin de se présenter et de se faire connaître.   

 

En un mot, il faut faire un peu de représentation dans les premiers temps. Pour ma part, lorsque je me suis installée, j’ai rejoint un confrère qui avait excellente réputation, dans une ville où la densité professionnelle n’était pas très importante. En quelques semaines, mon emploi du temps était déjà chargé, entre les patients envoyés par mon collègue, les recommandations des autres professionnels de santé et mon profil (spécialisation dans la kiné du dos notamment).

De manière plus générale, à quels défis la profession de kinésithérapeute doit-elle faire face ?

Comme d’autres professions de santé tels les médecins généralistes, le gros problème des kinés aujourd’hui est la désertification médicale, en zones rurales mais également dans certains endroits d’Île-de-France comme la Seine-Saint-Denis. Ces régions ont cruellement besoin de kinés. Les kinés libéraux ont tellement de patients qu’ils ne peuvent plus – ou presque – effectuer de déplacements à domicile. C’est aussi cela, la réalité de notre métier…

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