« Ce que j’aime le plus, c’est remettre mon patient sur pied, au sens propre comme au figuré ! » – Caroline, kinésithérapeute

Quelles sont les missions d’un·e kinésithérapeute au sein de l’hôpital ? Comment le métier s’est-il ré-inventé durant la crise du Covid-19 ? Nous avons rencontré Caroline Arnould, masseur-kinésithérapeute au CHU de Lille.

Pourriez-vous vous présenter et présenter votre parcours ?

Je suis masseur-kinésithérapeute et j’exerce au CHU de Lille depuis l’obtention de mon diplôme, en 2010. Après une année d’expérience en réanimation neurochirurgicale, je me suis tournée vers la rééducation neurologique à l’hôpital Swynghedauw. Je soigne donc des patients atteints de lésions cérébrales, qui sont pour certains en éveil de coma. La rééducation peut parfois être très longue.

Pourriez-vous présenter vos missions au sein du CHU de Lille ?

Mon rôle est de prodiguer à mes patients des soins quotidiens en kinésithérapie adaptés à leur(s) pathologie(s) afin de les aider à retrouver un maximum d’autonomie. Pour cela, j’évalue à leur entrée leurs incapacités et l’importance du handicap grâce à un Bilan-Diagnostic Kiné qui me permet d’établir un plan de traitement de rééducation avec des objectifs précis. Il sera sans cesse réévalué tout au long de la prise en charge. Nous échangeons très régulièrement sur la progression de nos patients avec les médecins, les infirmiers, les aides-soignants, les thérapeutes (ergothérapeutes, orthophonistes, professeurs d’APA, neuropsychologues, psychomotriciens, etc.) La rééducation, c’est un travail d’équipe !

L’accompagnement des étudiants prend également une grande part dans ma pratique. Leur transmettre un savoir-faire est une mission fondamentale pour l’avenir de ma profession, en particulier en milieu hospitalier. Et il m’arrive également de m’investir dans des projets de recherche clinique qui nous sont proposés.

Ce que j’aime le plus, c’est remettre mon patient sur pied, au sens propre comme au figuré ! Le voir progresser au fil des séances, rebouger, remarcher, est le résultat le plus gratifiant en tant que kinésithérapeute.

Comment votre métier et votre service se sont adaptés durant la crise ?

À l’annonce du confinement, pour limiter la propagation du virus, les patients qui le pouvaient sont rentrés chez eux ou sont allés dans d’autres établissements.Une réorganisation a été réalisée pour avoir des lits disponibles dans le cas d’une augmentation des hospitalisations liées au covid. Nous avons donc ouvert un service « post-réa » pour permettre aux réas de réduire l’occupation de ses lits et se préparer à l’afflux qui s’annonçait.
Dans mon service, l’activité ayant diminué, les kinésithérapeutes sont allés en renfort sur plusieurs fronts. Pour ma part, avec 3 autres collègues, je suis allée travailler à l’hôpital Calmette dédié au Covid-19.
De plus, un service « SSR-covid » (soins de suite rééducation) a ouvert à Swynghedauw, afin de proposer de la rééducation aux patients les plus touchés par la maladie.

Avez-vous été confrontés à des problématiques particulières durant la crise ? Si oui, lesquelles ?

Il y a eu le sentiment d’isolement vécu par nos patients vis-à-vis de leurs familles interdites de visite. Pour cela, un système s’est rapidement mis en place dans notre service avec des appels visio donnés par les soignants et les thérapeutes disponibles.

Quel a été le ressenti des équipes et des patients ?

Cette période a été un réel bouleversement pour les soignants et les patients. Je pense que dans les équipes, nous sommes tous passés par plusieurs états : d’abord un stress positif comme une montée d’adrénaline face à cette situation sans précédent ; une énergie qu’il a fallu maintenir pour se préparer au mieux à ce qui allait arriver. Il a fallu se réorganiser constamment sans savoir combien de temps tout cela allait durer. Ça a engendré beaucoup de fatigue et de stress.
Ce que je retiens de très positif, c’est qu’en 2 mois, j’ai vu beaucoup plus de solidarité entre les différents corps de métier que je n’en avais jamais vu en 10 ans à l’hôpital.

Les patients ont dû ressentir cette énergie qui nous animait, car beaucoup nous ont remercié chaleureusement et nous ont fait part de leur immense reconnaissance.

Avez-vous en tête une rencontre particulièrement marquante ?

J’ai vécu un moment particulièrement émouvant lorsque j’ai aidé le mari d’une patiente à communiquer avec elle car hospitalisée en secteur d’éveil de coma, et dans l’incapacité d’utiliser un téléphone. Ses paroles m’ont bouleversé.

Pensez-vous que la crise du Covid19 a eu un impact sur votre métier ?

Lors de cette crise, nous avons une fois de plus prouvé que nous étions sur tous les fronts et indispensables pour nos patients. En effet, que ce soit en réanimation pour prévenir les complications liées à la période de coma, en secteur conventionnel pour réduire la durée d’hospitalisation, et en SSR Covid pour la rééducation et la réadaptation des patients les plus touchés, nous avons partout œuvré pour la résolution de cette crise.

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